Je reviens d’un weekend passé dans ma ville natale, très fort émotionnellement.

J’ai pris une grande bouffée d’air frais en retrouvant des amis chers à mon cœur, mais aussi en sortant de ma zone de confort en rencontrant de nouvelles têtes.

C’est toujours enrichissant, toujours fascinant d’écouter la vie des autres. Moi, ça me passionne, comme un spectacle vivant. Il y a toujours un mélange de réel et de fantasmé, il y a toujours un surplus d’émotions quand on se raconte.

J’ai longtemps pensé que les gens avaient de chouettes vies, qu’ils avançaient en ligne droite vers leurs objectifs. D’ailleurs ils arrivaient à définir des objectifs, ça m’éblouissait.

Puis les réseaux sociaux se sont développés et on a pu constater, photos et vidéos à l’appui qu’effectivement, la vie des autres est parfaite.

Sauf que la pression de la perfection a des conséquences qu’on n’a pas vu venir.

Les fillettes de 12 ans veulent se mettre au régime et à l’épilation définitive, et les garçons n’en peuvent plus de s’auto-séduire dans des clips de Musically. Surprenant et effrayant.

Comme si on devait se gommer, se noyer dans la masse, dans un format de vie (physique, personnelle, professionnelle, relationnelle) standardisé, idéalisé, paramétrable.

Moi aussi je suis passée par cette case.

Longtemps j’ai cru que de s’efforcer d’être lisse et de rentrer dans un moule me donnerait le sésame du bonheur : une vie confortable émotionnellement et financièrement, avec la reconnaissance de mes pères et de mes pairs.

Longtemps on m’a menti : me dire que d’être une personne « dans la moyenne » c’était ce qu’on attendait de moi, que c’était « parfait »et on m’a conforté dans cette idée « pour me protéger ».

Sur mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires. Elles ont fondé ma capacité à penser le monde, me donnant les outils et les connaissances nécessaires, parfois totalement contradictoires.

Cela m’a ouvert les portes de la liberté de goûts, d’opinions, d’envies qui me sont propres, et qui peuvent être en décalage avec la masse.

Bon, je ne suis pas une rebelle de bac à sable, je n’ai pas plaisir à contredire l’ordre établi par goût de contredire, il faut un projet qui fasse sens derrière.

Il m’en faut plus.

 

 

Quand je repense à ce weekend, et à toutes ces personnes, je me surprends à les admirer.

Je suis fascinée par leurs différences. A quoi ressemblerait le véritable compte instagram de cette jeune fille qui vient de rompre avec son petit ami? Et comment peut-on illustrer la vie de cette femme qui est passée par un divorce compliqué pour aboutir à la construction d’une vie qu’elle a choisie? Ce serait totalement impudique et voyeur n’est-ce pas? Alors pourquoi liker leurs photos de vacances et de moments de gloire?

Je n’aime pas la superficialité. En revanche j’adore la fantaisie.

Et c’est pourquoi je suis fascinée par ces personnes qui racontent leur vie : elles tirent de leurs expériences et de qui elles sont, un raisonnement, des émotions, un truc qui « fait l »histoire ». Elles créent la mythologie de leur vie, de leur vie imparfaite.

Voilà, le juste mot « imperfection ». Voilà ce que j’aime chez mes amis, chez ceux qui me racontent leur histoire. Ce ne sont pas leurs photos au bord d’une piscine, ou le cliché parfait du burger mangé la veille.

J’aime leurs aspérités, ce qui ne les noie pas dans la masse, ce qui les rend uniques, attachants, décalés eux aussi.

Pour moi l’imperfection est une force, certains arrivent d’ailleurs très bien à l’utiliser, sans la glorifier.

 

 

 

Les effets pervers de la perfection 

Quand je parle des ados de 12 ans qui subissent la pression des réseaux sociaux, je pourrais aussi vous parler de la pression de la société sur « la femme » : épouse, maîtresse, maman, business woman, artiste, drôle, belle, rayonnante malgré le temps qui passe…

Alors on fait quoi si on n’arrive pas à se mettre 10/10 pour chacune des cases citées? Est-ce qu’on a moins de valeur? Est-ce qu’on n’a pas droit au bonheur?

 

Il y a un autre effet pervers du perfectionnisme : l’inaction.

A force de vouloir coller à un fantasme créé ou non, à force de vouloir être comme l’autre qui est parfait, on oublie qui nous sommes et on ne fait rien. Parce que nous « ne sommes pas à la hauteur ».

Je ferai bien ce dessert… oui mais je suis nulle en décor et je n’ai jamais réussi une chantilly. Bon, je laisse tomber.

Je me mettrai bien à dessiner, j’ai l’impression que ça me ferait du bien. Oui mais j’ai jamais été bon en arts plastiques à l’école. Je laisse tomber.

Oh, je crois que ça me ferait du bien d’aller nager un peu. Ah oui mais j’ai pris un peu de cellulite sur les cuisses, c’est affreux. Bon, tant pis

J’avoue avoir été une grande victime du perfectionnisme : par peur de ne pas atteindre la perfection, je suis restée dans l’inaction.

Or il vaut mieux fait que parfait !

 

Je vais vous dire un secret : dès que vous parlez de vos blessures ou de vos erreurs, les personnes qui vous écoutent font preuve d’une grande bienveillance. Même ceux qui ont une vie parfaite et instagramable.

 

Parce que aussi parfaits et imparfaits que nous sommes, nous avons tous le même droit au bonheur, le droit à l’action et le droit à être, comme il nous plaît.

Et c’est bien souvent nos actions et nos choix qui nous rendent heureux et qui peuvent inspirer d’autres et soulager les générations à venir.

La lorgnette par laquelle les autres verront qui vous êtes ou ce que vous faites n’est souvent focalisée que sur un versant de la montagne, nous seuls savons ce qu’il en est réellement.

Alors imparfaits & heureux?

 

Cet article totalement imparfait, je l’ai quand même écrit et publié. 

Promis la prochaine fois je ferai mieux!

 

 

 

 

 

2 thoughts on “Parfait”

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