Se faire tatouer est devenu commun, banal. On a un tatoueur comme on a un coiffeur.

 

Un peu d’histoire, de réflexion et de partage d’expérience sur le phénomène.

 

L’histoire

 

*Tatouage, art primitif

 

Se faire tatouer.

Il suffit de se pencher quelques minutes sur le sujet pour comprendre la complexité, la profondeur et le sérieux du sujet.

Le tatouage est une pratique qui vise à modifier son apparence. Les hommes la pratiquent depuis toujours. De ce que l’on en sait, son origine est en rapport avec l’appartenance à un groupe d’individus (tribus) ou à des croyances aussi diverses que géographiquement éloignées.

Le tatouage fait mal : peu importe la technique (traditionnelle, dermographe électrique…) le principe est le même. Une aiguille gorgée d’encre pénètre la peau à multiple reprises. Le tatouage est forcément exercé par un être humain (bien que la création de machine à tatouer en 3D soit à l’étude), sur un autre être humain.

J’insiste ce sur point, car la banalité du tatouage a ôté cet aspect relationnel de la démarche. Lorsque je choisis un tatoueur, je le choisis par son travail mais également par la qualité de notre échange. Et pour moi l’un ne va pas sans l’autre.

 

*La marque des rebelles et des dirigeants

Plus près de nous dans l’histoire de l’humanité, nous savons que se faire tatouer était un acte réservé aux personnes de rangs sociaux bien particuliers. Gangsters, prostituées, mafieux, marins, criminels… il y avait des codes, des significations. Le corps racontait sans que l’Homme n’ait à parler.

En revanche nous savons moins que de nombreux dirigeants étaient également tatoués, depuis les rois du XVIIème siècle jusqu’aux dirigeants du XXème siècle, dont je ne citerai que Staline, Churchill et Roosevelt.

Pour compléter ces quelques lignes historiques, deux articles à ce sujet:

Quand le tatouage était bien vu

Aristocrate et tatoué, impossible?

Aujourd’hui il est dépassé de penser que le tatouage est réservé à une population type, 14% des français seraient tatoués.

 

L’essor du tatoueur superstar

Il y a un drôle de phénomène autour du statut de tatoueur, et je pense que bon nombre de tatoués ont plus de respect pour leur tatoueur que pour leur médecin.

Le tatoueur a le pouvoir, c’est lui qui pique la chair, il a l’ascendant pendant quelques instants. Il a la connaissance technique, la connaissance du corps et les compétences en hygiène.

Il a également la maîtrise du dessin : créer un motif, un modèle, depuis une surface plate (papier) à une surface vivante et souvent courbe.

Le tatoueur est un artiste qui combine son talent pour l’art graphique et le vivant. C’est pourquoi il fascine.

 

 

Aujourd’hui un tatoueur peut être porté aux nues et son nom est connu partout sur la planète.

Comme on choisit une oeuvre d’art signée d’un maître, on peut choisir de se faire tatoueur par un grand nom. A moins que ce ne soit lui qui vous fasse l’honneur de vous choisir?

Le tatoueur est une superstar qui navigue entre modèle dominant et vie alternative.

Certains se sont fait connaître par leur travail sur des popstars, d’autres par leur travail de niche (sur un motif particulier par exemple).

Les tatoueurs cultivent leur ego, avec les modèles qu’ils acceptent ou non de faire. Car oui, vous pouvez vous entendre dire « non » quand vous poussez la porte d’un tatoueur. Et c’est tant mieux.

Au-delà de l’ego, il y a aussi une honnêteté de sa part de ne pas vouloir travailler quelques chose qu’il n’apprécie pas, qu’il ne maîtrise pas ou qu’il juge inadéquat avec l’endroit du corps que vous avez choisi. Il en va de sa responsabilité.

Cela fait partie du mythe du « bon tatoueur ».

J’ai l’opportunité de connaître plusieurs tatoueurs et tatoueuses et d’avoir discuté de leur travail. Leur vision et leur approche sont très différentes, et ça ne fait que renforcer le respect que j’ai pour leur travail.

Pourquoi se fait-on tatouer aujourd’hui?

 

La société est en recherche de sens. Des ados qui se font piquer le même modèle que leur idole du moment, aux fanatiques recouverts, il y a du sens dans leur démarche, et parfois dans le dessin.

La démarche de se faire tatouer est une prise de possession de son corps,même inconsciente. Nous mettons fin au pouvoir de nos parents, de la société, d’un modèle social, sur notre identité.

La recherche de sens passe également par le choix du dessin : est-ce un flash, une composition travaillée avec le tatoueur, ou un modèle rencontré au hasard de la vie? Le dessin peut aussi raconter un moment de vie, un bout d’histoire. Et dans tous les cas, reflète notre identité à une date précise.

Le tatouage devient une culture, plus qu’un accessoire de mode. C’est la mémoire de notre identité passée.

 

Est-ce qu’il y a de bonnes raisons?

En fin de compte, il y a autant de raisons de se faire tatouer que d’être humains tatoués. C’est un des derniers espaces d’expression personnelle libre.

Cet espace peut être plus ou moins visible, et c’est là le véritable débat de notre société.

Le modèle social dominant porte un regard très sévère lorsqu’un individu ne suit pas la norme. Le tatouage est une revendication de son identité, or la norme demande à ce que nous soyons le plus lisses possible, malléables.

Si vous vous faites tatouer de manière visible et « un peu trop », alors le jugement est sans appel : vous avez fait le choix de ne plus rien valoir.

Heureusement, certains brisent toutes les normes, et accèdent à la vie qu’ils souhaitent, conciliant goût du tatouage et vie de famille/carrière professionnelle épanouissante/reconnaissance de ses pairs.

La femme tatouée

 

Le tatouage rebute et dégoutte autant qu’il fascine et mystifie, quand il s’agit des femmes, nous oscillons entre fantasme et déchet de la société.

Le jugement est bien plus accentué lorsqu’on parle des femmes. Et quand je parle des femmes, je ne pense pas uniquement aux fit girls d’Instagram.

Toutes les femmes, de tous les milieux sociaux : des fans de Johnny aux minettes dingues de Justin Bieber. Et j’ai beaucoup de respect pour elles, car elles font fi de ce que l’on peut penser d’elles.

C’est l’éternel jugement judéo-chrétien de la mère et de la putain, de nombreuses portes se ferment devant des femmes compétentes, alors compétentes et tatouées!!!

 


Je suis tatouée, et le hasard de la vie a voulu que je ne soit tatouée que par des femmes. Les femmes tatoueuses doivent aussi en vouloir pour se faire un nom, une place.

Tous mes tatouages sont cachés, je n’en ai qu’un petit de visible. Le choix des pièces et des emplacements correspondent à un moment de ma vie. Je ne les regrette pas, ils m’accompagnent vers les prochains.

Oui c’est le problème : quand on commence… enfin les tatoués comprendront!

 


Je ne veux convertir personne, je veux faire passer un message. Comme je le disais au début de cet article, le tatouage est une histoire d’échange entre individus, entre personnes. Il est un acte conscient, choisi et intentionnel, et à mon sens courageux (mais on n’a rien sans rien gars!). Que ceux qui ne comprennent pas la démarche ne soient pas irrespectueux de cette décision.

Ah oui et on va vieillir avec, c’est inévitable, et comme nous, ils seront patinés par le temps. C’est ça aussi la magie de l’art de se faire tatouer : laisser le temps faire son oeuvre

Dans quelques temps, je vous présenterai le travail de tatoueurs qui m’inspirent, dans une section dédiée aux arts & curiosités.

 

Post n°5, écrit dans le cadre du Défi d'écriture 30 jours, 1 post par jour

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